Fiche

Après l'astéroïde : la radiation des mammifères et la lignée des primates, du 30 décembre au soir du 31

Ce qui se passe entre l'extinction de la fin du Crétacé (66 Ma) et la séparation des lignées humaine et chimpanzé (9–7 Ma) : le rebond des mammifères, le débat sur l'âge des placentaires, le climat du Cénozoïque, et les étapes de la lignée des primates jusqu'aux grands singes, chacune placée sur l'année cosmique.

Sert : Les dernières secondes de décembre

établi extinction de la fin du Crétacé à 66 Ma (30 décembre vers 6 h) ; Purgatorius 105 000 à 139 000 ans après l'impact ; premiers vrais primates vers 56–55 Ma, pendant le maximum thermique (PETM) ; PETM : +5 à 8 °C, ≈ 200 000 ans ; glaciation de l'Antarctique vers 33,9 Ma ; plus anciens fossiles de singe de l'Ancien Monde et de grand singe vers 25,2 Ma ; grands singes du Miocène nombreux en Afrique de l'Est vers 22 Ma
débattu âge des placentaires et de leurs ordres (fusée longue ou explosion) ; âge des primates d'après les gènes (de ≈ 85 Ma à ≈ 66 Ma) ; séparation strepsirrhiniens/haplorhiniens vers 64–63 Ma ; dates de séparation des gibbons (18–12 Ma), des orangs-outans (≈ 12 Ma) et des gorilles (9–8 Ma)
récent placentaires apparus peu avant l'impact, ordres modernes après (Carlisle 2023) ; ancêtre commun des primates actuels entre 68,3 et 65,0 Ma d'après les génomes (2023) ; corps qui grossissent avant le cerveau au Paléocène (2022) ; rebond de Corral Bluffs en moins d'un million d'années (2019)
hypothèse lien entre le rift est-africain et la diversification des singes de l'Ancien Monde ; réchauffement du PETM comme moteur de la dispersion des primates
projeté hors de cette fiche

Écrite pour répondre à une question : Que se passe-t-il entre l'astéroïde du 30 décembre au matin et la séparation des lignées humaine et chimpanzé le 31 au soir : comment les mammifères se diversifient-ils, et par quelles étapes passe la lignée des primates qui mène à nous ?


1. Où commence et où s'arrête cette fiche

La fiche vie-et-humanite donne la date de l'extinction de la fin du Crétacé (66 Ma, le 30 décembre vers 6 h) et reprend le fil à la séparation des lignées humaine et chimpanzé, entre 9 et 7 Ma, soit entre 18 h 17 et 19 h 33 le 31 décembre. Entre les deux, il reste environ 37 heures de l'année cosmique, presque sans repère. Cette fiche les remplit avec la même règle de trois : 13,8 Ga pour 365 jours, donc 1 jour ≈ 37,8 Ma, 1 heure ≈ 1,58 Ma et 1 minute ≈ 26 000 ans (vie-et-humanite, section 1).

Deux mots reviennent souvent. Une lignée « souche » (stem) est une branche éteinte qui se détache avant l'ancêtre commun des espèces actuelles. Un groupe « couronne » (crown) réunit cet ancêtre commun et tous ses descendants. Les dates d'origine changent selon le sens retenu : le plus vieux fossile de la lignée des primates est plus ancien que l'ancêtre commun des primates actuels. Le texte doit dire laquelle des deux il date.

2. Le rebond : un monde de mammifères en moins d'un million d'années

À Corral Bluffs (Colorado), Lyson et ses collègues ont trouvé près d'un millier de restes de vertébrés et 6 000 fossiles de plantes, de part et d'autre de la limite Crétacé-Paléogène. On y suit le premier million d'années après l'impact aaas2019corralbluffs. D'après le résumé de l'AAAS, les mammifères retrouvent leur taille d'avant l'extinction en 100 000 ans. Vers 300 000 ans, de grands herbivores aux dents adaptées aux aliments durs apparaissent, en même temps que la famille du noyer se diversifie. Une nouvelle hausse de taille survient vers 700 000 ans. Côté plantes, les fougères colonisent d'abord le terrain dévasté, puis les palmiers prennent la place aaas2019corralbluffs.

Sur l'année cosmique, 100 000 ans font moins de 4 minutes, et le million d'années à peine 40 minutes. La forêt ravagée du 30 décembre vers 6 h est déjà repeuplée avant 7 h. Ce chiffre vient d'un seul site d'Amérique du Nord : le rythme du rebond ailleurs n'est pas établi par cette source.

Des corps avant des cerveaux

Bertrand et ses collègues ont scanné les crânes de 28 mammifères du Paléocène et de 96 de l'Éocène edinburgh2022brains. Ils concluent que la taille relative du cerveau a d'abord diminué, parce que la taille du corps augmentait beaucoup plus vite. Ces animaux s'en remettaient surtout à l'odorat. Environ 10 millions d'années après l'impact seulement, les premiers primates et d'autres groupes modernes développent de plus gros cerveaux edinburgh2022brains. Le résultat contredit l'idée que l'intelligence aurait donné aux mammifères la place des dinosaures. Pour l'année cosmique, la course à la taille occupe le 30 décembre de 6 h à midi environ, et les cerveaux grossissent l'après-midi.

3. Les placentaires sont-ils nés avant ou après l'astéroïde ?

Le débat est ancien, et il oppose deux lectures du temps. Les horloges moléculaires placent l'origine des mammifères placentaires avant l'extinction, quelque part entre la fin du Crétacé et le Jurassique. Or on ne connaît aucun fossile placentaire certain d'avant la limite, ce qui est compatible avec une origine après le Crétacé Carlisle 2023. Plusieurs modèles s'affrontent : l'« explosion » (presque toute la radiation après l'impact), la « fusée longue » (les placentaires au Crétacé, mais leurs ordres seulement après l'impact) et l'« explosion douce » (quelques divergences entre ordres avant, l'essentiel après) Carlisle 2023.

Carlisle et ses collègues (2023) ont traité le registre fossile comme un échantillon incomplet, avec un modèle bayésien, sans données moléculaires. Leur modèle place l'origine des placentaires à la fin du Crétacé, et celle des groupes couronnes des ordres « à la limite K-Pg ou après ». Il donne raison à la fusée longue et à l'explosion douce : les placentaires sont nés « peu avant » l'extinction, et l'origine de nombreuses lignées modernes chevauche l'extinction puis la suit Carlisle 2023. Les auteurs retiennent la fourchette la plus jeune des horloges moléculaires. Ils ne tranchent pas pour autant tout le débat : c'est un modèle, et d'autres méthodes donnent des âges plus anciens.

4. Le climat : de la serre à la glacière

La courbe CENOGRID, tirée des isotopes des foraminifères des fonds marins et datée par les cycles astronomiques, couvre les 66 derniers millions d'années. Elle distingue quatre états du climat : hothouse, warmhouse, coolhouse et icehouse marum2020cenogrid. De 66 à 34 Ma, la planète était nettement plus chaude qu'aujourd'hui marum2020cenogrid.

Deux bornes comptent pour le récit.

Les primates naissent donc dans un monde de serre et de forêts. Ils traversent ensuite un refroidissement de plus de 30 millions d'années.

5. La lignée des primates, de Purgatorius aux grands singes

Purgatorius, quelques minutes après l'impact. Les plus anciens fossiles de la lignée des primates sont des plésiadapiformes, des primates « souches », découverts dans le nord-est du Montana. Ils sont datés de 65,9 Ma, soit 105 000 à 139 000 ans après l'extinction uw2021purgatorius. C'étaient de petits mammifères qui se nourrissaient d'insectes et de fruits, avec un régime différent selon l'espèce uw2021purgatorius. Selon le résumé de l'article, en moins d'un million d'années ils dominent la niche des omnivores-frugivores arboricoles de leur faune locale Wilsonmantilla 2021. Sur l'année cosmique, ils apparaissent 4 à 5 minutes après l'astéroïde.

Les premiers « vrais » primates, à midi le 30. Les euprimates, primates d'aspect moderne, apparaissent presque en même temps en Asie, en Europe et en Amérique du Nord vers 55 Ma sciencedaily2006teilhardina. Le genre Teilhardina serait passé d'Asie du Sud en Europe, puis en Amérique du Nord par le Groenland, en 25 000 ans environ sciencedaily2006teilhardina. Une espèce chinoise de Teilhardina est estimée à 54,97 Ma, soit le 30 décembre vers 13 h. Les plus anciens fossiles d'euprimates montrent déjà la séparation entre haplorhiniens (la branche des tarsiers et des singes) et strepsirrhiniens (lémuriens et loris) wiki-primevol.

Les singes de l'Ancien Monde et les grands singes, le 31 au matin. On ne connaissait aucun fossile de catarrhinien couronne de plus de 20 Ma, alors que les horloges moléculaires plaçaient la séparation entre singes de l'Ancien Monde et grands singes vers 25–30 Ma (le 31 décembre, de 5 h à 8 h) Stevens 2013. En 2013, Stevens et ses collègues ont décrit en Tanzanie, dans une couche datée de 25,2 Ma, le plus ancien fossile de grand singe (Rukwapithecus) et le plus ancien représentant de la lignée des singes de l'Ancien Monde (Nsungwepithecus) Stevens 2013. Les deux lignées sont donc déjà séparées le 31 décembre vers 8 h.

Le Miocène des grands singes. Vers 22 Ma (31 décembre, 10 h), l'Afrique de l'Est compte de nombreuses espèces de catarrhiniens arboricoles primitifs. On trouve aussi des grands singes fossiles loin de là, en Namibie, en France, en Espagne, en Autriche et en Italie wiki-hominidae. Proconsul fait partie des genres qu'on place sur la lignée des grands singes avant 13 Ma wiki-primevol.

Les singes du Nouveau Monde, une branche à part. Le fossile de Perupithecus, en Amazonie péruvienne, est daté d'environ 36 Ma wiki-primevol. Cette branche n'est pas sur notre lignée. La façon dont ces singes ont atteint l'Amérique du Sud n'a pas été vérifiée ici.

6. Ce que disent les gènes sur l'âge des primates

Les premières études génétiques plaçaient la divergence entre primates et autres mammifères vers 85 Ma, une date que des travaux plus récents remettent en cause wiki-primevol. En juin 2023, la revue Science a publié un ensemble d'articles sur les génomes de primates. D'après le communiqué de BGI qui les présente, l'ancêtre commun le plus récent de tous les primates actuels serait apparu entre 68,29 et 64,95 Ma, une fenêtre très proche de l'extinction de la fin du Crétacé bgi2023primates. Sur l'année cosmique, cela fait le 30 décembre entre 4 h 40 et 6 h 45, autour de l'astéroïde. Le communiqué ne nomme pas l'article exact, que nous n'avons pas lu.

Ces estimations portent sur le groupe couronne, ce qui est cohérent avec Purgatorius, un primate souche. Wilson Mantilla et ses collègues estiment en effet que la présence d'au moins deux espèces de purgatoriidés juste après la limite soutient une origine de la lignée des primates (Pan-Primates) au Crétacé supérieur, aux côtés des grands dinosaures uw2021purgatorius. Ce qui reste discuté, c'est l'ampleur de cet « avant ». Selon Wikipédia, la séparation des strepsirrhiniens et des haplorhiniens se situerait vers 64–63 Ma wiki-primevol, mais cette date n'a pas été recoupée sur une source primaire.

7. Vers le soir du 31 : les grands singes se séparent

Les dates qui suivent viennent d'horloges moléculaires résumées par Wikipédia. Elles sont à recouper avant l'essai.

Le chapitre n'a pas besoin de ces chiffres à la minute. Il lui suffit de retenir qu'en un après-midi cosmique, les grands singes se ramifient l'un après l'autre, et que la lignée humaine est la dernière branche à se détacher, en début de soirée.

8. Les 37 heures en un tableau

Le calcul est fait sur 13,8 Ga = 365 jours. Les dates sources sont incertaines (voir les sections), pas la conversion.

Événement Il y a Année cosmique
Ancêtre des primates actuels (génomes, 2023) 68,3–65,0 Ma 30 déc., 4 h 40 – 6 h 45
Astéroïde, fin du Crétacé 66 Ma 30 déc., ≈ 6 h 05
Purgatorius 65,9 Ma 4 à 5 min après l'impact
Rebond de Corral Bluffs 66–65 Ma avant 7 h
PETM, premiers vrais primates 56–55 Ma 30 déc., 12 h 30 – 13 h
Glaciation de l'Antarctique 33,9 Ma 31 déc., ≈ 2 h 30
Perupithecus (Nouveau Monde) ≈ 36 Ma 31 déc., ≈ 1 h
Rukwapithecus, Nsungwepithecus 25,2 Ma 31 déc., ≈ 8 h
Grands singes d'Afrique de l'Est ≈ 22 Ma 31 déc., ≈ 10 h
Gibbons 18–12 Ma 12 h 30 – 16 h 20
Orangs-outans ≈ 12 Ma ≈ 16 h 20
Gorilles 9–8 Ma 18 h 15 – 18 h 55
Humains / chimpanzés 9–7 Ma 18 h 17 – 19 h 33

Ce que le livre peut en tirer

Pour le récit. Le 30 décembre peut cesser d'être une case vide.

Pour l'essai.

Contresens à éviter.

À vérifier avant publication.

Correction possible du synopsis. Rien ne contredit « l'astéroïde du 30 au matin » : la frappe tombe vers 6 h.

Voisines

Sources

Voisines

La vie et l'humanité : de quoi nous sommes faits, depuis quand la Terre vit, et ce que tiennent les dernières secondes de décembreLa frise du cosmos : du « premier instant » à aujourd'hui